« Interview Madame ESCAPOULADE – Conciliation Médicamenteuse (JEDS) »

L’ensemble du réseau France Assos Santé se mobilise autour des Journées Européennes de vos Droits en Santé pour informer les usagers de leurs droits en santé.

En Nouvelle-Aquitaine, l’action 1jour/1droit met à l’honneur du 26 au 30 avril 1 droit fondamental en santé

Le droit à une prise en charge sécurisée et de qualité :

L’exemple de la conciliation médicamenteuse

Témoignage de Lucile Escapoulade – Pharmacien au CH Niort (79) 

Dans les établissements de soins, les pharmaciens assurent, la délivrance des produits pharmaceutiques. Notamment pour les médicaments prescrits aux patients pris en charge, à l’ensemble des services de soins du Centre hospitalier.

Ils ont un rôle de vigilance en ce qui concerne leur utilisation.

Notre action en Nouvelle Aquitaine, ’1 jour, 1 droit’’, nous a amené à interviewer un des pharmaciens du CH Niort 79, sur la conciliation médicamenteuse.

“Mauvais dosage, mauvaise prise, non-respect du traitement prescrit, interaction entre plusieurs médicaments… les causes d’un accident lié à un médicament sont multiples, fréquentes et souvent graves alors que la plupart d’entre elles pourraient être évitées”. 

 

Raymonde Mercier (FAS NA) : Pouvez-vous nous définir la notion de conciliation médicamenteuse ?

Lucile E : L’HAS (Haute Autorité de Santé) a défini, en 2015, la conciliation médicamenteuse comme “un processus formalisé qui prend en compte, lors d’une nouvelle prescription, tous les médicaments à prendre ou pris par le patient. Elle prévient ou corrige les erreurs médicamenteuses en favorisant la transmission d’informations complètes et exactes.

Ce processus consiste à rechercher les médicaments pris par le patient. Par exemple : Est-ce que le patient prend tous ses médicaments, est-ce qu’il a plusieurs ordonnances, plusieurs médecins ? C’est une coordination pluriprofessionnelle qui permet d’éviter les erreurs médicamenteuses.

Raymonde M : Cette activité protocole existe-t-elle dans tous les établissements de santé et intra-services ?

Lucile E : Pour le moment, ce protocole est déployée principalement dans les établissements de santé ou médico-sociaux par exemple en SSR (soins de suite et de réadaptation). Elle est réalisée aux différents moments du parcours hospitalier que sont : l’entrée, la sortie ou le transfert vers un autre établissement ou un autre service.

Raymonde M : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la conciliation médicamenteuse ? 

Lucile E : Lors de l’entrée, on réalise une recherche exhaustive. La première étape est l’entretien avec le patient ensuite on s’appuie sur différentes sources :ordonnances du patient, les médicaments apportés, le pharmacien d’officine, l’entourage,…. Cette étape peut se faire par des pharmaciens, des médecins, par le préparateur en pharmacie hospitalière, l’infirmier, les étudiants en pharmacie et en médecine. Notre objectif c’est de trouver au moins trois sources d’informations convergentes afin de rédiger un bilan médicamenteux : liste de tous les médicaments et leurs posologies. On essaye de savoir si le patient prend tous ses médicaments et s’il est sujet à des effets indésirables. Puis, ce bilan médicamenteux est comparé à la prescription dans le logiciel de l’hôpital.  Les divergences observées sont discutées entre le pharmacien et le médecin. En cas de divergences non intentionnelles la prescription est rectifiée par le médecin.

A la sortie, c’est le même principe.  On regarde ce qui a changé par rapport à l’entrée et on vérifie que chaque changement est volontaire de la part du professionnel de santé.

Finalement, la conciliation c’est un état des lieux, à un instant T.  Elle sert de base solide pour réaliser une analyse pharmaceutique du traitement du patient et optimiser sa prise en charge médicamenteuse.

Toutefois, cette démarche n’est pas obligatoire. Le patient est en droit de refuser la conciliation médicamenteuse.

Raymonde M : Est-ce qu’il existe un intérêt à prioriser la mise en œuvre de la conciliation médicamenteuse ?

Lucile E : Dans l’idéal tous les patients seraient éligibles à une conciliation. Cependant au vue des ressources disponibles il est nécessaire de rechercher des critères de priorisation permettant de sélectionner les patients qui sont le plus à risques d’erreurs médicamenteuses.

Raymonde M : Quels sont les points dans la prise en charge du patient susceptibles  d’être améliorée par la conciliation médicamenteuse ?

Lucile E : La HAS a défini trois objectifs. Le premier, c’est la volonté de réduire les erreurs médicamenteuses, éviter l’oubli d’un médicament ou éviter une erreur de dosage par exemples. Le deuxième objectif, c’est de tenter de diminuer le recours à l’hospitalisation : si on transmet les bonnes informations au patient et au médecin traitant, le patient aura moins de risque de confusion au niveau de ses médicaments lors de sa sortie d’hospitalisation. Enfin, le troisième objectif c’est pour le patient, l’assurance d’une meilleure information et la possibilité de s’exprimer sur son traitement.(effets indésirables). On essaye de leur laisser la parole afin qu’ils soient acteurs leur prise en charge médicamenteuse.

“ Je fais rire mes internes en leur disant vous êtes Sherlock Holmes”

Raymonde M : Comment cela se passe-t-il pour un patient qui ne pourrait pas s’exprimer ? (Exemple : Patient dans le coma)

Lucile E : Généralement, on appelle la personne de confiance et on échange avec eux. Mais, il n’y a aucun caractère obligatoire. Si l’entourage ne veut pas donner les informations, c’est leur droit. S’il n’y a pas d’entourage, on essaye de trouver l’infirmière libérale qui intervient chez le patient. Finalement, c’est une sorte d’enquête, je fais rire mes internes à en leur disant “vous êtes Sherlock Holmes votre objectif c’est de trouver toutes les informations nécessaires pour prendre en charge le patient au niveau de ses médicaments”.

 

Un grand merci à Madame Escapoulade.

 

Pour nous contacter :

nouvelle-aquitaine@france-assos-sante.org

Accéder au PROGRAMME COMPLET de la semaine “1jour/1 droit” du 26 au 30 avril  : programme JEDS 26-30 avril 2021

 

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